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П/в THURSDAY • AUGUST 8

П/в THURSDAY    •    AUGUST 8

Plenary  Session

TO WHAT EXTENT CAN MEANING BE SAID
TO BE STRUCTURED?

Chairman   P. A. ARISTE

Secretary:   ARNE GALLIS

Assistant:   FRIDRIK THORDARSON

Rapporteurs:   LOUIS HJELMSLEV,   RULON S. WELLS

a. Dans quelle mesure les significations des mots

peu vent-elles être considérées comme formant une

structure ?

Rapport par
Louis hjelmslev

Université de Copenhague

1. — La question qui est ici mise en discussion est née d'une
situation.

Impliquée déjà dans la notion de langue dans l'acception saus-
surienne (opposée à la parole d'une part, au langage de l'autre), l’idée
de structure s'est emparée des esprits de bon nombre de linguistes
pendant les dernières décades (ce n'est que dans les années 30 que
les termes mêmes de structure, structural, structuralisme deviennent
usuels en linguistique), et s'est imposée sans doute à l'esprit de
tout linguiste dans les deux domaines où elle se présente avec une
évidence tellement nette que l'idée paraît indispensable: le plan
de l'expression (phonèmes, graphèmes) d'une part, et le domaine
de la morphologie, de l'autre. Quelques abus mis à part, comme
ceux commis par une prétendue stylistique exclusivement affective
et par quelques tendances de la phonétique expérimentale classique,
abus qui ont ceci de commun d'avoir perdu de vue la fonction

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linguistique des faits étudiés, la structuration évidente des objets
examinés avait, dans les deux domaines qui viennent d'être indi-
qués, créé forcément, et d'une façon quasi inévitable, un structura-
lisme avant la lettre, et on a dans toutes les époques reconnu ou
établi des systèmes phoniques (ou graphiques) et des systèmes
morphologiques (ou grammaticaux) conçus en principe comme des
réseaux de rapports (surtout de corrélations). A ces disciplines la
linguistique structurale n'a fait que fournir une formule qui s'adapte,
et s'adapte particulièrement bien; à suivre toute la courbe du
développement de notre science, en essayant de regarder les choses
au-dessus de la mêlée et de faire abstraction des débats qui aujour-
d'hui retentissent encore autour de nous, on découvrira sans doute
à la longue qu'une comparaison impartiale des méthodes pratiques
utilisées en matière de phonologie et de morphologie par la lingui-
stique classique et celles utilisées par la linguistique structurale
fait sentir plutôt une continuation qu'une rupture, et que la con-
tribution apportée à ces disciplines par la linguistique structurale
consiste essentiellement en une prise de conscience, une précision
du principe qui dirige la méthode, méthode qui s'était déjà avérée
inévitable.

Si la morphologie et la syntaxe sont considérées comme deux
disciplines distinctes entre elles (et non comme deux axes qui
s'entrecroisent et restent interdépendants: axe «associatif» ou para-
digmatique et axe syntagmatique), la conception d'une syntaxe
structurale se prête déjà, à la différence de la morphologie, aux
critiques des esprits sceptiques. Aussi croyons-nous qu'une syntaxe
structurale ne sera concevable qu'à condition d'abandonner le
schisme qui le sépare traditionnellement de la morphologie, de
rompre les cloisons étanches établies entre ces deux «disciplines»
et de reconnaître que corrélations (morphologiques) et relations
(ou rapports syntagmatiques) se conditionnent mutuellement, et
que le secret du mécanisme grammatical est dans le jeu combiné
entre catégories morphologiques contractant des relations «syn-
taxiques» (p. ex. prépositions et cas) et unités syntagmatiques
contractant des corrélations et formant catégories, et que par
conséquent les morphèmes sont à concevoir comme les éléments
fondamentaux qui par leur force de relations établissent la pro-
position (Sapir1). C'est ainsi seulement que la nécessité d'une
méthode structurale d'ordre «syntaxique» crève les yeux, et que la
1 E. Sapir, Language, 1921, pp. 89 sqq., 107 sqq., 133 sqq.

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rection (y compris la concordance), fait éminemment structural,
revendique l'estime qui lui revient.

S'il y a un domaine où le scepticisme à l'égard du point de vue
structural retrouve son véritable champ d'aventure et son vrai
terrain de jeu, c'est celui du vocabulaire. Par opposition aux phonè-
mes (au sens large) (et aux graphèmes etc.) aussi bien qu'aux
morphèmes2, les éléments du vocabulaire, les vocables ou mots, ont
ceci de particulier d'être nombreux, voire même d'un nombre en
principe illimité et incalculable. Il y a plus: le vocabulaire est
instable, il change constamment, il y a dans un état de langue un
va et vient incessable de mots nouveaux qui sont forgés à volonté
et selon les besoins et de mots anciens qui tombent en désuétude
et disparaissent. Bref, le vocabulaire se présente au premier abord
comme la négation même d'un état, d'une stabilité, d'une syn-
chronie, d'une structure. A première vue, le vocabulaire reste
capricieux et juste le contraire d'une structure. C'est pourquoi tout
essai pour établir une description structurale du vocabulaire, et,
à plus forte raison, une sémantique structurale, semble être voué
à l'échec et devient facilement la proie du scepticisme. C'est aussi
pourquoi la lexicologie reste une case vide dans la systématique de
notre science, et qu'elle se réduit forcément à n'être qu'une lexi-
cographie, ou simple énumération d'un effectif instable et indécis
de certaines grandeurs mal définies auxquelles on attribue un fatras
inextricable de multiples emplois différents et apparemment arbi-
traires. Enfin, c'est pourquoi la sémantique, ce fruit tardif parmi
les disciplines linguistiques3, est née d'un diachronisme et en partie
d'un psychologisme exclusifs, et qu'elle a des difficultés à trouver
ses assises dans les cadres d'une linguistique structurale. A la
différence de la phonologie et de la grammaire structurales, une
sémantique structurale ne saurait guère se réclamer de devanciers.
Il y a un abîme qui la sépare des anciens essais pour établir une
sémantique universelle ou ars magna, culminant dans la scientia
generalis ou characteristica generalis de G. W. Leibniz4, mais reposant,
pour le principe de la méthode et pour l'essence de son idée, sur

2 Nous employons morphème dans le sens européen du terme (cf. p.
ex. Travaux du Cercle linguistique de Prague IV, p. 321, et J. Vendryes,
Le langage, 1921, p. 86).

3 On peut la considérer comme définitivement fondée dès 1897 par
Michel Bréal (Essai de sémantique, science des significations).

4 G. W.  Leibniz, Dissertatio de arte combinatoria, 1666.

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l' Ars generalis de Raymond Lullus (XIIIe siècle) qui, en utilisant
un système ingénieux de cercles concentriques, arrive à pouvoir
établir 96 = 531.441 combinaisons de ses catégories fondamentales
qui sont les suivantes (et qui d'ailleurs, comme l'a montré L.
Couturat5, pourraient permettre de parvenir à 51l6 = 17.804.320.
388.674.561 combinaisons, en se fondant sur un calcul différent
de celui de Lullus) :

La linguistique a été libérée de ces spéculations grâce à la
séparation toujours grandissante entre la linguistique d'une part
et la logique réelle ou logique des concepts, de l'autre. Sans cette
scission historique l'ars magna aurait pu devenir pour la linguistique
une impasse comparable à celle créée par les essais plus modernes
pour établir une phonologie universelle ou science universelle des
sons (ou de phonèmes dans le sens d'espèces phoniques), essais
avec lesquels elle a exactement ceci de commun de méconnaître
le caractère spécifique du système d'un état de langue donné, et
les différences entre les langues. C'est dans ce sens que l'on peut
qualifier ces essais comme aprioriques : c'est par l'empirisme lingui-
stique qu'ils sont réfutés. Si une fois le grand principe de tels
essais d'analyse sémantique est à reprendre, ce sera sur une base
toute différente: ces essais ont le grand mérite d'entamer une
analyse du contenu sémantique; ils ont échoué par la seule faute
d'être aprioriques. On peut dire qu'ils ont échoué non par le principe
mais par la méthode. Mais même ce qui restait pour quelque temps
de leurs résultats dans la linguistique empirique fut condamné à
rester temporaire: telles les répercussions laissées des grands
tableaux sémantiques du moyen-âge dans les vocabularia harmonica
et recueils polyglottes d'ordre lexical6 qui accomplissent une sorte
d'onomasiologie fondée sur un système hiérarchique de sémantique
universelle qui constitue sans doute un compromis entre certains
besoins pratiques (la prétendue connaissance de certaines notions
ou certains mots «élémentaires» ou universels qui se retrouveraient
dans toute langue) et des retentissements, lointains il est vrai,
mais indéniables, des grands systèmes du type qui nous est fourni
par Lullus, dont surtout les SUBJECTA ont eu du succès: on
trouve presque constamment en tête de ces listes des notions
telles que 'dieu', 'ange', 'ciel', 'homme'. Les répercussions sont

5 L. Couturat, La logique de Leibniz, 1901, p. 37.

6 Le   plus   fameux est celui de P. S. Pallas, Linguarum totius orbis
vocabularia comparative, 1787.

 

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QUAESTIONES       PRINCIPIA         PRINCIPIA         SUBJECTA         VIRTUTES          VITIA
                               ABSOLUTA          RESPECTIVA
UTRUM                     bonitas                    differentia               deus                       justitia                   avaritia
QUID                           magnitudo                concordantia            angelus                   prudentia                gula
QUARE                       duratio                     contrarietas              caelum                    jortitudo                  luxuria
QUOMODO                 potentia                    principium              homo                       temperantia            superbia
EX QUO                     cognitio                    medium                    imaginativa            fides                        acedia
QUANTUM               voluntas                  finis                        sensitiva                 spes                        invidia
QUALE                       virtus                        majoritas                  vegetativa                charitas                ira
UBI                              veritas                      aequalitas                 elementativa           patientia              mendacium
QUANDO                    gloria                        minoritas                 instrumentativa      pietas                   inconstantia

 

 

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encore évidentes dans les premiers essais de classifications géné-
tiques : pour Joseph Justus Scaliger7, le principal critérium adopté
pour la classsification des langues européennes est le mot signi-
fiant 'dieu', qui fournit les quatre familles: langues à deus ou
Latina matrix, langues à θεός ou Graeca matrix, langues à gott ou
Teutonica matrix, langues à bog ou Sclauonica matrix.

Même si le problème de la méthode analytique en sémantique
reste, et reste entier, on a baissé irrévocablement le rideau sur les
essais d'autrefois, et sauf le principe même, qui évoque le besoin
d'une analyse, il n'y a dans les méthodes de jadis rien qui puisse
être repris par une sémantique structurale à venir. C'est pourquoi
la situation actuelle de la sémantique diffère profondément de
celle des autres disciplines linguistiques. C'est pourquoi la séman-
tique classique a tendu à se perdre en des essais littéraires d'une allure
quasi anecdotique8, et que la sémantique structurale n'en est encore
qu'à ses premiers débuts. C'est enfin pourquoi la structure sémantique
suscite de l'intérêt et pourquoi il est naturel, dans la situation
actuelle, de la porter sur le programme d'un congrès international.

2. — Pour pouvoir répondre utilement à la question posée il
faut d'abord définir ce qu'on comprend par structure. Il nous
semble que la linguistique structurale a déjà rempli cette tâche et
a fourni une définition fondée sur des arguments9. Nous nous
permettons de la soumettre à la discussion : Est structure une entité
autonome de dépendances internes. Structure s'emploie ici «pour
désigner, par opposition à une simple combinaison d'éléments, un
tout formé de phénomènes solidaires, tels que chacun dépend des
autres et ne peut être ce qu'il est que dans et par sa relation avec
eux. Cette idée est le centre de ce qu'on appelle aussi théorie des
formes»10. La théorie de la forme ou théorie des formes «consiste
à considérer les phénomènes non plus comme une somme d'élé-
ments qu'il s'agit avant tout d'isoler, d'analyser, de disséquer, mais
comme des ensembles (Zusammenhänge) constituant des unités auto-
nomes, manifestant une solidarité interne, et ayant des lois propres.
Il s'ensuit que la manière d'être de chaque élément dépend de la

7 1599   (Scaligeri, Opuscula  varia antehac non edita, 1610, 119 sqq.).

8 Comme  ceux  d'Arsène Darmesteter (La vie des mots,  1886) et de
ses imitateurs.

9 Voir Acta linguistica IV, pp. v-x.

10 André Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie III,
1932, p. 117.

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THE   STRUCTURE   OF   MEAN1NG

structure de l'ensemble et des lois qui le régissent. Ni psychologi-
quement, ni physiologiquement, l'élément ne préexiste à l'ensemble:
il n'est ni plus immédiat ni plus ancien; la connaissance du tout
et de ses lois ne saurait être déduite de la ...

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